Expositions du mois de Mai

Mes recherches récentes me conduisent à en présenter le fruit dans deux lieux : la Maison de la Gravure Méditerranée à Castelnau Le Lez et les Ateliers de la Gare, à Villeneuve les Maguelones.

Ces recherches se construisent autour d’une mise en résonance entre sculpture et gravure qui me guide dans une lecture de l’ interrogation posée par Aragon : 

«  Pourquoi se construit-on des pays légendaires s’ils deviennent l’exil de notre coeur ? ».

La multiplicité des matériaux, leur tension ou leur complémentarité, en plans superposés ou juxtaposés font écho à la question. Seule l’interrogation m’intéresse ici, les réponses appartenant à ceux pour qui elle s’est manifestée au coeur de leur propre vie.

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Possibilité de découvrir cette exposition sur demande entre le 2 mai et la 19 mai.

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Possibilité de visite sur demande entre le 6 mai et le 31 mai.

Pour une information complémentaire ou pour un rendez-vous en dehors des créneaux indiqués, n’hésitez pas à me contacter.

Mes coordonnées :

gsm : 06 78 53 52 44

email : sarahthiriet@yahoo.fr

blog : sarahthirietblog.wordpress.com

adresse de la Maison de la Gravure : 105 chemin des Mendroux,34 170 Castelnau Le Lez

adresse des Ateliers de la Gare : Chemin de la gare 34 750 Villeneuve les Maguelones

 

 

 

 

 

 

 

 

Nid Chaud/ Nid Froid

 

2015, deuxième épisode d’un travail d’édition.  Trois livres d’Artiste, pour répondre à l’album No Sport de Rodolphe Burger. Manière Noire et Sérigraphie se côtoient librement.

 

Césure, octobre 2014

« Enfin, le loup Maître découd sa bouche pour signifier que l’air et l’eau ne font qu’un et portent un nom double : Clef d’or ou Clair-obscur…sous la forme sans forme d’une flamme de verre à l’état de rêve transparent. » ¹

INSTALLATION POUR LES SALINS                                        

Nous choisissons pour l’essentiel des matériaux qui structurent l’architecture contemporaine (béton, verre, métal) pour leur donner une présence organique. Le moulage et le modelage de fragments de corps ou le moulage de fragments d’arbres est à l’origine de chaque élément de notre installation. Le passage du verre de l’état solide à l’état visqueux pour revenir à l’état solide favorise cette prise d’empreintes. Le passage du béton de l’état liquide à l’état solide favorise lui aussi ces prises d ’empreintes. Fusion et solidification font entièrement partie de notre protocole expérimental. Notre installation a pris corps dans cette zone d’interface que constituent les salins. Ici, les signes de civilisation s’effacent devant les éléments. Nous procédons ainsi à une mise en ruine accélérée de fragments organiques pétrifiés dans ces matériaux emblématiques de l’urbanisme contemporain.

Sur ce terreau commun, trois axes de réflexions ont donné naissance à trois pièces distinctes.

Un questionnement sur le matériau verre comme interface de transition a donné naissance à un travail de lettrage en verre, à taille humaine. Là est est certainement la colonne vertébrale de l’installation. Ce lettrage a été pensé en fonction du lieu et c’est autour de lui que s’articule l’ensemble de l’installation. Nous avons tracé la ligne de fuite que dessinent les lettres de verres en fonction de l’estuaire. Un mot s’ébauche en tremblotant, fébrilité du verre face au vent qui l’assaille: Transition.

Un deuxième questionnement sur le mouvement et son déploiement dans l’espace propose une composition faite de fragments de moulages de corps : Entre les lignes, deuxième version.

Un troisième axe sur le corps en mouvement, l’arrachement à sa propre matière, donne à voir un travail de modelage de corps d’où sont nées des sculptures mêlant béton, terre, cire et bois : Nijinski. 

¹L‘air de verre passé au filtre du vide, Jean Pierre Duprey, 19

Transition, octobre 2014

Aude Morand-Terrien

&

Sarah Thiriet

L’expression empruntée à la physique thermodynamique transition de phase semble être le lien entre la matière et nos obsessions. Il s’agit du passage d’un état à un autre : de liquide à gazeux, de gazeux à solide… moment où ça bascule de l’un à l’autre, à une température donnée, sous une pression donnée. Le projet que nous avons porté est l’écriture transparente de la transition – physique, chimique, paysagère. La mise en lumière d’une mutation silencieuse. Dans un paysage construit en lignes de fuite et à horizon multiples, nous avons inscrit une ligne de verre. Cette transition paysagère s’échappe, à son rythme, vers un avenir incertain. L’écriture de verre se meut alors en frontière fuyante dans le paysage.

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Ce choix d’un exode de caractères vers l’horizon lointain coupe le regardeur d’une promiscuité avec le matériau verre. La distance entre le regardeur et le matériau verre s’étage entre cinq et vingt mètres, par conséquent la matière de ce mot ne se livre qu’au moment où le spectateur cède à la contemplation. Un temps lent s’impose.

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Entre les lignes – deuxième épisode

 Sarah Thiriet

 Mehdi Mélhaoui

Photographies de Aude Morand terrien

Ligne de béton en pointillé. Ricoché répondant discrètement au rythme plus cadencé des lettres de verre. Rejouer dehors ce qui avait été ébauché pour une chapelle gothique, telle était notre   gageur.

cf article Entre les lignes proposé ci-avant.

 

Nijinsky,octobre 2014

Sarah Thiriet

 Cette pièce est l’ incarnation de deux états de transition. Condensation en une posture de deux idées : la violence imposée par l’exil et la violence  imposée au corps par la danse classique. Mais au bout on espère la beauté.

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Sur son embarcation,l’érosion naturelle de l’eau opère sur la terre crue à la manière du temps. Qui passe… Mais elle accélère aussi cette décomposition violemment comme peut agir le voyage périlleux sur celui qui choisit l’exil. Ici, ce corps en terre y perd sa tête ,en une nuit,la braque chavire, la tête immergée est diluée dans l’étang. Le lendemain, elle retrouve une tête de cire noire. Ce personnage se trouve fracturé en deux matériaux, son corps fait de la terre crue des espaces géographiques qu’il traverse et sa tête faite des fleurs butinées sur son passage. Une matière organique, l’autre minérale mais toute deux périssables. L’une résiste à la pluie, l’autre à la chaleur, toutes deux dans des temporalités contradictoires, érodées successivement par les éléments.

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Au-dessus une ombre verticale s’impose et prend corps. Peau de cire noire, ossature en béton. Une peau sucrée,prête à fondre squelette coulé dans la matière urbaine. Un squelette maison représente l’ ultime maison.

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Les transitions ne sont-t-elles pas A.D.N de nos parcours de vie?

Déambulation insulaire,décembre 2011

Ces photographies témoignent d’un désir de faire vivre mes sculptures à travers une recherche scénographique. Cette déambulation appelle une référence à l’ouvrage de Raymond Depardon:Errance. En introduction, Depardon cite Alexandre Laumonier « L’errance terme à la fois explicite et vague,est d’ordinaire associé au mouvement,et singulièrement à la marche, à l’idée d’égarement, à la perte soi-même. Pourtant le problème principal de l’errance n’est rien d’autre que celle du lieu acceptable.

« L’errant en quête du lieu acceptable se situe dans un espace très particulier, l’espace intermédiaire. A l’espace intermédiaire correspond en fait un temps intermédiaire, une temporalité que l’on pourrait qualifier de flottante . Ce temps flottant est le temps du regard sur l’histoire, où l’errant s’interroge sur le passé en même temps qu’il réfléchit sur son futur proche. »

« Les lieux semblent se ressembler de plus en plus, tout est partout en même temps, la singularité s’efface au profit d’une globalisation, non plus de celle des lieux, mai celle de tous les lieux. »

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 « L’errance est certainement l’histoire d’une totalité recherchée. » « Car l’errance n’est ni le voyage ni la promenade, etc. Mais bien: Qu’est-ce que je fais ici? » De la même façon cette définition semble sous-tendre une grosse partie de mes recherches, de ma réflexion .

Exil intérieur, juin 2013

Exil Intérieur

Au cours de ces six dernières années, mon travail s’articulait autour du mot  »Exil ». Quel sentiment de désespérance peut rendre ces candidats aux voyages insensibles à la souffrance de leur parcours? Comment ce choix s’impose t-il à eux? Survivront-ils à un déracinement qui les plonge souvent dans les difficultés d’une errance où ils se trouvent ballottés en terre étrangère? Quelques essais scénographiques et un projet d’installation ont été motivés par ce questionnement.

Mon projet aujourd’hui s’articule autour de cette question du choix, choix d’exil ou de tout autres motivations, choix susceptible de faire basculer nos vies. Cet instant fugace où une décision peut être prise. La réponse suggérée dans un précédent projet était celle de l’arrachement volontaire à sa propre matière. Quitter à en perdre les bras, là où d’autres en perdent la raison. Quitter en laissant une partie de soi.

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Maquette de préparation du dossier de candidature à la Biennale des « Arts actuels », Réunion 2011

Dans la suite de mes recherches, une photographie-portrait de  »Martha Graham » m’apparaît comme une illustration de ce propos. Cette posture suggère un vide que l’on peut imaginer abyssal. Son regard amène la même suggestion , un regard plongé dans une interrogation nous rappelant que le travail de cette danseuse fût très influencé par la psychanalyse. Ces deux éléments traduisent pour moi l’effarement qui peut être ressenti en regardant autour de soi, un vertige face à un choix imminent. Soulagement et vertige d’un instant qui passerait de l’attente à l’action, action dictée par un choix? Ce portrait montrent aussi des mains qui viennent tenir la tête sur ces côtés : apaisement, surprise? Entre ces mains, son visage est apaisé et aspiré. Les mains renforcent cette impression et suggèrent à la fois une forme de détermination. La représentation des mains revient plusieurs fois dans mon travail, des mains qui consolent, des mains qui rassurent, des mains qui caressent, des mains qui guident, des mains qui accouchent.

La lecture de ce portrait donne lieu à une exploration où différents médiums se croisent. Alors j’espère, à travers une gravure, une peinture et un installation, donner de la consistance à cet instant éphémère, à cet instant teinté de la solitude existentielle propre à chacun.

Les aller-retours permanents entre ces diverses matériaux/techniques nourrissent souvent ma réflexion plastique.

Mes premières variations autour de ce thème furent des gravures à l’eau-forte.

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Exil intérieur n°3,Eau forte, 2011,20 cm x 37cm

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Exil intérieur n°28, eau forte, 2011, 25 cm x 28 cm

Réaliser une gravure est avant tout à mes yeux un « process », un enchaînement d’opérations : graver une plaque en étain, utiliser une pointe sèche et des bains d’acides, encrer la plaque et enfin imprimer.

On utilise couramment l’expression  »graver dans la mémoire ». Et si pour moi il s’agissait de graver dans le métal un moment éphémère et impalpable: celui où le vertige se fait choix. Graver cet éclair qui nous propulse vers un ailleurs.

Graver nécessite de gratter (pointe sèche), brûler (aquatinte) puis tremper dans des bains d’acide.On espère aussi que l’acide va mordre l’étain…N’impose-t-on pas des maltraitances à l’étain symbolisant ainsi l’arrachement que peut constituer un choix? Le tirage se fait net, doux. Le dessin nous est renvoyé réfléchi, comme l’image dans un miroir, ne s’ agit-il pas du travail de mémoire déjà amorcé?

La taille raisonnable de l’aplat noir sur la gravure de gauche m’a été dictée par le format de la plaque en étain . Il aurait pu être plus allongé encore, il aurait pu se faire paysage mais je décide une interprétation peinte de ce thème.

J’entreprends un travail de peinture à l’huile sous la forme d’un triptyque pour souligner ce que je considère comme étant les deux lignes maîtresses de ce portrait : l’horizontalité et la verticalité.

Je choisis de traiter le portrait conjointement à deux autres toiles soulignant des tensions verticales pour la première et horizontales pour la seconde. Sur la toile située sous le portrait, le vide se fait falaise puis cascade, la nature regorgeant de paysages vertigineux soulignant la présence d’un vide. L’équilibre proposé par une tension inverse d’un l’homme sur la toile à droite du portrait suggère un équilibre trouvé avec la rencontre de l’autre.

Le point de départ de cette toile fut l’impression de deux motifs qui m’accompagnent depuis longtemps: une photographie de fougère arborescente réalisée à La Réunion et une photographie prise durant le tournage de La Strada de Fellini. Un paysage végétal mêlé à un paysage urbain, le choix de ce tryptique est peut-être teinté d’envie contrastée, allier des univers à priori inconciliables.

Je profite de ces peintures pour agrandir les formats, une envie de corps à corps avec la matière et d’engagement physique total que ces grands pans de toile libre m’imposent.

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Huile sur toile, 90 cm x 90 cm, 2012 Huile sur toile, 90 cm x 200 cm, 2012.

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Huile sur toile, 90 cm x 200 cm, 2012.

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Huile sur toile, 90 cm x 200 cm, 2012.

La documentation continue de mes recherches m’amène à découvrir que trois thèmes sous-tendent le travail de Martha Graham: « la quête spirituelle et mystique, l’identité américaine et l’exploration des accents de l’inconscient ». Ce dernier est probablement ce qui me lie le plus à son travail. En effet, à travers chacune de mes rencontres, je charge chacune de l’histoire de tous. Ce portrait continue de m’habiter, cet instant éphémère où le choix se vit comme un saut en parachute continue de me poursuivre. Je décide donc de lui donner toujours plus de matière et entreprends un travail plastique, de modelage du buste de la tête enserrée dans les mains, l’ensemble de la pièce émergeant d’une paroi verticale. 100 kg de terre pour cet instant imperceptible.

Cette poursuite du lien avec Martha Graham peut-être aussi volonté de rendre hommage à cette femme fortement imprégnée du travail sur l’inconscient du psychiatre suisse C. G. Jung (1875 – 1961), et hommage sculptural pour une danseuse ayant travaillé très volontiers avec des sculpteurs comme A. Calder (1898 – 1976), I. Noguchi (1904 – 1988) qui ont élaboré plusieurs de ses scénographies?

Notons une nouvelle fois le contraste entre le calme de ce visage et la torsion en limite d’équilibre de ce corps. Notons aussi que ce portrait de Martha Graham porte en lui ce que j’apprendrai être plus tard une caractéristique du rythme « grahamien » fondé sur la « contraction-détente » notamment autour du bassin, centre de toutes les pulsions.

La faire sortir d’un mur me semble une façon de souligner le changement de point de vue qu’elle entame. Ce choix vertigineux qu’elle affirme dans un contraste entre sérénité et déséquilibre.

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entre les lignes, janvier 2014

« Entre les lignes »

       Sahra et Mehdi se sont lancés dans des recherches et expérimentations autour du corps en mouvement. Ils explorent les possibles au travers de fragments de corps moulés et de leur continuité dans l’espace et le temps. La technique du moulage sur des modèles suppose l’intégration du vivant aux sculptures. Pourtant, une question s’est rapidement imposée: ces fragments de béton évoquent-ils encore la vie? Ils choisissent alors leur projection dans l’espace. De longues tiges métalliques se lancent dans le volume de la Chapelle Haute. Ces lignes infinies répondent à celles inhérentes à l’architecture gothique du lieu. Se crée dans le même temps une tension sur et entre ces trajectoires. Ces tiges métalliques suggèrent ainsi les fragments de béton dans un ou des mouvements, elles se font lignes de vie.

La partie plutôt que le tout correspond à l’utilisation du zoom photographique , le fragment suffit à affirmer une posture, un geste. Ce raccourci est aussi reflet de notre époque du tout rapide, mais il laisse aussi des vides comme nostalgie d’un passé ou d’un futur. Le processus de mise en ruine est ici accentué par le biais du fragment. Il se révèle informe en rapport à la forme initiale puisqu’il se distingue du tout auquel il participait. On assiste à l’affirmation d’une nouvelle unité possible. Emblème de l’instabilité et du transitoire, l’informe du sujet se pose tel un détour qui figurerait l’irreprésentable.



Le mouvement n’est-il pas une réponse à l’échappé du temps? Et n’existe-il pas autant de réponse que de mouvements possibles, autant de réponses soufflées que de perceptions du temps différentes? Trois sculptures sont présentées aujourd’hui comme fruit de ces recherches, chacune dans un espace topologique qui lui est propre. La construction même de cet espace creuse une distance entre le spectateur et la sculpture. La sculpture se fait l’autre. Mais l’autre n’est pas aux antipodes, l’autre est à échelle humaine, absence de socles. L’autre est soumis aux même questionnement existentiel. Entre ces trois réponses, entre ces fragments de matières et ces vides s’immisce un sentiment de folie douce.

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http://jlcougy.wordpress.com/2014/01/11/cedric-matet-helen-martres-letoffe-meme-du-corps-a-la-chapelle-du-quartier-haut-sete/